Editorial du N°193
Pas encore beaucoup de lumière à l’horizon
Le numéro que vous avez entre les mains est assez copieux. Les sujets que nous avons été à même de traiter sont en effet variés. Des voyageurs nous font part de leurs découvertes. Car il est possible de voyager en Afghanistan. Les talibans font même état d’une progression du tourisme. Il est vrai qu’en partant d’un nombre insignifiant on peut afficher des pourcentages d’augmentation flatteurs. Il est possible de voyager, mais pour les humanitaires résidant en Afghanistan il est nécessaire pour bouger le petit doigt de demander des autorisations.
Le regard de ces voyageurs nous permet de voir que l’Afghanistan de toujours, celui par exemple qu’a exploré François Balsan dans les années 70, n’est pas mort et que l’accueil de l’étranger par les gens ordinaires est toujours chaleureux. Mais au-delà de ce constat, force est de rappeler que la vie est de plus en plus difficile pour le plus grand nombre. Le régime taliban donne l’impression de consolider son emprise sur le pays, mais beaucoup d’indicateurs économiques, humanitaires, sociaux sont au rouge. Et les traumatismes vécus par tous, mais d’abord par les enfants sont douloureux. La Chaîne de l’espoir, en se mettant à hauteur d’enfants, essaie d’en panser quelques-uns.
Parmi les tensions qui sont sources de préoccupation, il y a le conflit inattendu entre le Pakistan et les talibans. Ceux-ci ont en effet été créés, protégés, équipés par les dirigeants pakistanais successifs et le Pakistan s’aperçoit tout à coup que leur créature leur échappe et, horresco referens, s’allie avec l’Inde. Dans une opinion que ne partageront peut-être pas tous nos lecteurs afghans, Nasrine Gross estime qu’il serait temps d’en venir à la reconnaissance de la frontière actuelle entre l’Afghanistan et le Pakistan.
Beaucoup de sujets brûlants de l’actualité afghane sont malheureusement absents de ce numéro. Je pense par exemple aux mesures prises par les talibans pour obliger les étudiants de certaines provinces non seulement à respecter les règles d’habillement et de comportement édictées par le régime, mais aussi à adopter le sunnisme hanéfite. A la répression accrue contre les femmes, et notamment les femmes hazaras, répression qui a entraîné à Hérat une manifestation jugulée dans le sang. Je pense aussi à l’étrange et inquiétante invitation faite par la Commission européenne à une délégation talibane pour venir à Bruxelles négocier l’expulsion des délinquants afghans. Comment est-il possible de se prêter à de tels marchandages ? Au demeurant, François Héran explique dans l’entretien qu’il a accordé aux nouvelles d’Afghanistan combien le rapport Leschi donne une idée fausse de la migration afghane. De combattants de la liberté les Afghans sont devenus des indésirables. Quelle détestable versatilité, hélas instrumentalisée, de l’opinion !
Etienne GILLE
22 juin 2026
Sommaire du N°193
Actualité
L’Afghanistan, bombe à retardement humanitaire, économique et géopolitique
par Akbar NOUR
Un peu oubliée, à tort, par les médias et peut-être aussi par les politiques, la situation en Afghanistan n’est pas seulement catastrophique pour les Afghans (et les Afghanes !), elle est aussi le centre de convoitises et de rivalités régionales potentiellement explosives. Akbar Nour examine quelques aspects de la crise que continue de traverser le pays. La paix n’apparait pas à l’horizon.
Opinion
La Ligne Durand ne devrait plus être un sujet de conflit
par Nasrine GROSS
Quelle est l’histoire de la ligne Durand ? Qu’en pensent réellement les Afghans ? Pourquoi ce sujet resurgit régulièrement ? Ne faut-il pas enterrer définitivement cette pomme de discorde entre l’Afghanistan et le Pakistan ? Nasrine Gross donne son point de vue sur toutes ces questions. Elle espère que davantage de recherches sérieuses émergeront pour mieux connaître la vérité et la réalité de la situation, afin de parvenir à une solution.
Migrants
Immigration
Du bon usage des statistiques
entretien avec François HERAN
Les nouvelles d’Afghanistan avaient réagi l’année dernière au « Rapport Leschi » du 4 juin 2025, où le directeur de l’Ofii (Office français de l’Immigration et de l’Intégration) dénonçait la « ruée afghane » en Europe et dressait un portrait à charge des migrants afghans, présentés comme violents, adeptes de la charia, trop peu éduqués, trop éloignés culturellement ‒ bref : peu ou pas assimilables. Dès le 17 juin 2025, AFRANE a réagi par un communiqué critique. Aux nouvelles d’Afghanistan, nous avons jugé utile de revenir sur les affirmations de Didier Leschi en interrogeant le chercheur François Héran qui, lors d’une audition à la Commission des finances du Sénat, le 25 février 2026, a présenté son analyse du rapport.
Réfugiés
Chocolate Taster
par Marzieh LESANI
Quand des Français parlent de leurs centres d’intérêt, peut-on imaginer ce qui se passe dans la tête et le cœur d’un Afghan, d’une Afghane exilée ? Marzieh Lesani évoque ce décalage avec un texte d’une ironie douloureuse.
Province
600 jours en Route vers soi
par Perrine BERNARD et Waïss YARI
Perrine Bernard et Waïss Yari ont abandonné leur travail et leur quotidien pour parcourir la Route de la Soie en transport en commun, sans jamais prendre l’avion. Un long voyage de plus de 600 jours qui les mena de France jusqu’aux confins de l’Asie. Après avoir campé sur la Grande Muraille de Chine et traversé les montagnes du Pamir, ils abordent une étape plus intime : traverser l’Afghanistan que l’un d’eux porte depuis toujours en lui.
Récit d’un séjour à Mazar
par Anan DING
Anan Ding nous a déjà fait visiter la province de Kounar (voir notre précédent numéro). Elle nous emmène cette fois dans le nord du pays, sur les pas de Mullah Mâmad Djân. L’ambiance sociale a changé, mais il est toujours possible d’aller d’un site historique à un autre, d’être bien reçu, et… de s’offrir quelques gourmandises.
Aide humanitaire
Au Pavillon mère-enfant de Kaboul
par Anthony DUTEMPLE
On le sait, dans une maladie il est important, en même temps qu’on traite le corps, de prendre soin du mental de la personne. C’est encore plus vrai en Afghanistan où les malades sont pris dans un environnement anxiogène et de misère extrême. Dans le pavillon « mère-enfant » de l’hôpital « français de Kaboul » animé par la Chaîne de l’Espoir, une psychologue prend soin des enfants souvent traumatisés.
Culture
Ansâri, flamme immortelle de la cité d’Hérât
par Zaher DIVANTCHEGUI
Pour une bonne part Ansâri est connu en France du fait des travaux scientifiques du Père Serge de Beaurecueil qui avait une grande dévotion pour lui. Zaher Divantchegui, originaire d’une localité proche de Hérat, nous partage le point de vue des habitants de Hérat très attachés à celui auquel ils donnent le nom de pir, c’est-à-dire en quelque sorte de père spirituel.
Un thé vert avec
Louis Meunier
par Régis KOETSCHET
« Il était une fois à Maïmana ou il n’était pas… »
Dernières nouvelles
Chronologie (février- avril 2026 )
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Chevauchées afghanes, 1972
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