L’après 15 août

Suite à la prise du pouvoir par les talibans le 15 août 2021 les projets d’AFRANE ont été suspendus un temps, avant de reprendre partiellement. D’autres sont à l’étude. AFRANE a pour volonté de poursuivre son engagement en Afghanistan. Notre équipe de salariés est mobilisée sur place, à Kaboul et dans le Waras.

Durant la période qui a suivi la chute de Kaboul, le Conseil d’Administration d’AFRANE s’est réuni les 11 et 12 septembre 2021, et a décidé de rester aux côtés du peuple afghan en reprenant petit à petit, lorsque cela est possible, les activités éducatives, et en apportant des aides d’urgence compte tenu de la situation humanitaire.

Dans l’environnement actuel, de nouvelles contraintes émergent. Si de nouveaux financements privés répondent présents et les conditions sécuritaires se sont relativement améliorées, d’autres difficultés se sont accrues. Elles sont principalement d’ordre logistique et administratif.

Notre siège en France et nos bureaux en Afghanistan travaillent de concert pour surmonter les contraintes logistiques notamment la question des transferts d’argent et de l’accès aux liquidités. En outre, les nouvelles autorités se révèlent très procédurières, ce qui a pour effet de ralentir notre action.

L’ensemble des membres du Conseil d’Administration d’AFRANE, qui comprend plusieurs personnes de nationalité afghane, a un attachement très fort pour l’Afghanistan. L’annonce de la prise du pouvoir par les talibans a donc été un choc psychologique pour les membres d’AFRANE, qu’il a fallu surmonter progressivement afin de commencer à répondre à notre mesure aux besoins devenus criants dans le pays.

La problématique principale est de définir l’attitude juste à adopter à l’égard de l’administration des talibans. La ligne actuellement suivie par AFRANE est de soutenir de son mieux les populations avec lesquelles nous sommes en contact et d’apporter notre aide dans le strict respect des principes humanitaires.

Dans cet esprit, AFRANE a pu démarrer des activités et souhaite mettre en place de nouveaux projets pour les années à venir.

Nos projets depuis le 15 août 2021

Distribution d’argent aux professeurs du Waras

AFRANE est parvenu à apporter une première aide d’urgence dans le Waras suite à un appel aux dons. Entre novembre et décembre 2021, l’ensemble des 929 professeurs et personnels des écoles du district de Waras ont reçu une somme d’argent leur permettant d’effectuer des achats de première nécessité avant l’arrivée de l’hiver.

C’était alors la première forme de revenus perçue depuis le mois d’aout.

Formation hivernale et cours préparatoires dans le Waras

Depuis début janvier 2022, toujours dans le Waras, une formation hivernale est offerte à une centaine de professeurs, hommes et femmes, en pension complète pendant deux mois.

Des cours en dari, pachto, mathématiques, sciences, informatique et anglais leurs sont proposés, à la fois pour leur permettre de réaliser un approfondissement de leurs connaissances et pour leur donner des conseils pédagogiques de mise en œuvre.

En parallèle, des cours complémentaires sont proposés à des élèves de niveau lycée. Cela contribue à rattraper les mois d’apprentissage perdus au cours des deux dernières années suite à la fermeture des écoles due tant à la pandémie de Covid-19 qu’à la brusque dégradation de la sécurité du pays après mai 2021. 256 élèves en bénéficient, encadrés par une vingtaine d’enseignantes et enseignants.

Ces formations et ces cours sont désormais organisés avec une stricte séparation des sexes, conditions posées par le nouveau régime pour mener des activités éducatives. L’effet inattendu a été de permettre à davantage de femmes de bénéficier de ces cours.

Nos projets à venir

AFRANE réfléchit à plusieurs projets afin de répondre aux besoins importants, tout en s’adaptant aux nouvelles réalités. Nous avons pour volonté de mener à bien les projets suivants, si les conditions nous le permettent :

De nouvelles aides d’urgence dans nos provinces d’intervention

Nous souhaitons reproduire l’opération de distribution menée dans le Waras dans les autres régions d’intervention d’AFRANE.

Ainsi, nous ambitionnons la mise en place de distributions alimentaires ou d’argent, en fonction des contextes, auprès des écoles historiquement soutenues par AFRANE et réparties ainsi :

  • Kaboul : 9 écoles, 919 personnels éducatifs, dont 825 enseignants et enseignantes ;
  • Tcharikar : 10 écoles, 517 personnels éducatifs, dont 443 enseignants et enseignantes ;
  • Djalalabad : 8 écoles, 1 045 personnels éducatifs, dont 969 enseignants et enseignantes.

Poursuivre un soutien à l’éducation sous différentes formes

Formations aux enseignantes nouvellement nommées dans le Waras

Avec la prise de pouvoir des talibans, la réouverture des établissements scolaires aux niveaux collège et lycée n’est possible pour les filles qu’à la condition d’une stricte non-mixité.

Les effectifs d’enseignants ne sont donc plus forcément adaptés au nombre d’élèves. Dans le Waras, la nouvelle règle de non mixité a mis en lumière le manque de professeures femmes. Au début de l’année 2021 un total de 15 541 garçons et 13 723 filles étaient scolarisés, 691 hommes et seulement 238 femmes y enseignaient.

Au moins 200 professeures femmes manquaient donc au moment de la réouverture des collèges et des lycées. Des femmes éduquées, mais dont ce n’était pas le métier, se sont portées volontaires pour enseigner aux jeunes filles. Il est probable que de nombreuses femmes non qualifiées soient présentes dans les écoles à la rentrée d’avril 2022 pour permettre la poursuite de la scolarisation des jeunes filles.Nous souhaitons donc offrir des formations aux femmes non titulaires qui seront certainement chargées d’enseigner aux jeunes filles afin de les aider à assumer au mieux cette nouvelle fonction.

Réparation de matériel et amélioration de l’accès à l’eau et des conditions d’hygiène

Dans la continuité des projets passés, AFRANE souhaite renouveler son soutien matériel auprès des écoles les plus dans le besoin par la réparation de pupitres et de mobilier scolaire.

Nous souhaitons aussi réparer le toit de l’école de Chinia-e-Takht, dans le Waras. Cela permettra aux élèves de cette école historiquement liée à AFRANE d’étudier dans les meilleures conditions possibles.

Alors que le pays reste touché par la Covid-19, les mesures sanitaires ont été délaissées, et les conditions sanitaires se détériorent, notamment dans les écoles. AFRANE souhaiterait donc réaliser diverses activités de réparation et de construction afin d’améliorer les conditions d’accès à l’eau et à l’hygiène dans les écoles sous la forme de :

  • Réparation de puits, réservoirs et pompes à eau ;
  • Construction de puits et citernes à eau ;
  • Construction de latrines et latrines sèches.

Formations sciences en ligne

Enfin, nous prévoyons de mettre à disposition et d’animer des formations en ligne dans le domaine des sciences.

Comme un symbole de ce lien fort qui unit la France et l’Afghanistan, quelques membres de l’ancienne équipe de Kaboul aujourd’hui réfugiée en France, aidés par la conseillère pédagogique d’AFRANE, créeront des contenus pédagogiques conçus à partir des programmes afghans. Ces ressources pédagogiques seront ensuite publiées en ligne et accessibles à tous. L’équipe d’AFRANE assurera ensuite des formations à l’utilisation d’internet à des visées d’auto-formation.

Nos projets à venir

Dans la période de crise humanitaire aigüe que traverse actuellement l’Afghanistan [1] [2], il nous semble primordial de montrer aux professeurs afghans, et par là même à la population afghane dans son ensemble, qu’ils ne sont pas oubliés par la communauté internationale et notamment par la France, alors qu’en 2022 se célèbre le centenaire de la relation entre la France et l’Afghanistan.

[1] « Le peuple afghan est confronté à l’une des crises humanitaires qui connaît la croissance la plus rapide au monde. La moitié de la population est frappée par la faim, plus de 9 millions de personnes sont déplacées, des millions d’enfants ne sont pas scolarisés, les droits fondamentaux des femmes et des jeunes filles sont attaqués, les agriculteurs et les éleveurs luttent contre la pire sécheresse depuis des décennies et l’économie est en chute libre. Sans soutien, des dizaines de milliers d’enfants risquent de mourir de malnutrition, les services de santé de base s’étant effondrés. » ONU, 11 janvier 2022

[2] Selon le Programme Alimentaire Mondial, 22,8 millions de personnes, soit la moitié de la population, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë et 8,7 millions à une insécurité alimentaire d’urgence.

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