Editorial du N°184

Construire l’espérance

Je reprends dans cet éditorial l’idée d’espérance qui était déjà celle de notre précédent numéro.

Alors que la fête de Naorouz qui marque la nouvelle année afghane (et l’arrivée du printemps) vient de se dérouler dans une atmosphère qui n’incite malheureusement pas à l’allégresse d’antan, il nous faut cependant demeurer fidèle à cette espérance qui est la nôtre depuis bien des années.

Etienne Gille avait bien marqué dans le numéro précédent cette attente de la population afghane mais aussi cette volonté de croire toujours en des jours meilleurs « car on ne peut pas vivre sans espoir ».

Ce numéro aborde sous différents angles la situation des femmes en Afghanistan. C’est sans doute là que réside le plus d’inquiétude, et aussi que l’espoir demeure car l’on sait que les positions du mouvement taliban sur cette question sont loin d’être unanimes. Par ailleurs, le courage et la détermination des Afghanes que chacun connaît soutiennent une résistance, bien différente certes de celle des années d’occupation soviétique, car cette fois sans armes, mais pas sans puissance car profondément ancrée dans la société et au sein de bien des familles.

On parle beaucoup des femmes afghanes et c’est d’ailleurs le prisme qui domine lorsque l’on parle de l’Afghanistan dans les médias. C’est heureux bien sûr, mais la situation de ce pays ne se réduit pas à cette triste obsession des talibans.

Ce numéro rappelle ainsi l’importance de la question de l’eau dans les zones rurales mais aussi la situation des exilés en Iran ou la place des minorités dans la société afghane.

En évoquant ces divers points, il faut revenir à cette construction d’une espérance. Ne rien lâcher en poursuivant notre action sous différentes formes dans le secteur éducatif, répondre à des demandes spécifiques parfois urgentes, trouver enfin des moyens nouveaux d’agir en Afghanistan et au profit des Afghans. Notre assemblée générale se tiendra prochainement (le 4 mai) et sera l’occasion de réfléchir à ce que nous pouvons encore développer en Afghanistan et comment nous pouvons plus et mieux porter ce message d’espérance ici en France.

Etienne Gille invitait, dans son dernier éditorial, après le nouvel an européen, à ne pas se limiter à des vœux pieux. Aujourd’hui, juste après Naorouz, je veux également que nous soyons dans l’action afin de construire d’autres lendemains et de revoir des jours heureux pour tous les Afghans.

Eric LAVERTU
Le 1er avril 2024

 

Sommaire du N°184

Actualité

La sécheresse dans le district de Waras
par Nadjibullah JAWHARI

J’ai été une femme gouverneure en Afghanistan
par Sima JOYENDA
Être gouverneure en Afghanistan n’est plus possible pour une femme actuellement, mais ce n’était pas chose aisée sous le régime précédent. Le seul autre exemple était celui de Habiba Sarabi qui fut plusieurs années gouverneure de la province de Bamyan. Sima Joyenda nous livre sa vision de sa courte expérience dans cet exercice hautement périlleux. Elle nous parle aussi un peu de la province de Ghor où elle est née, a enseigné et a, semble-t-il, causé des soucis aux notables locaux.

Les femmes et l’éducation au cœur du débat en Afghanistan
par Dr Nilab MOBAREZ
Nilab Mobarez est une de ces femmes qui a tenu et qui tient à rester dans son pays malgré la situation. Nous l’avions rencontrée à Kaboul
l’automne dernier. Elle a accepté d’écrire pour Les nouvelles d’Afghanistan quelques éléments de ses réflexions. Pour elle, l’éducation, et notamment celle des filles, est non seulement un droit, mais aussi une impérieuse nécessité si l’on ne veut pas que le pays s’enfonce davantage dans la misère. Une évolution de la position des talibans serait-elle possible ?

Politique

Un gouvernement inclusif ?
par Etienne GILLE et Alain MARIGO

Droits de l’homme

La situation des femmes d’après diverses sources

Géographie

La rivière Helmand
par Alain MARIGO
Dans notre précédent numéro Alain Marigo avait étudié la question sensible du partage des eaux de l’Helmand. Il décrit à présent ce fleuve de 1300 km, puissant par endroits, mais qui n’arrive pas à rejoindre l’océan et se perd dans les sables.

Société

Les Afghans en Iran : vivre dans la précarité
par Belgheis JAFARI-ALAVI
L’Iran accueille un grand nombre de réfugiés afghans. Accueille ? Le mot semble trop favorable, alors que beaucoup de ces réfugiés se plaignent de leurs conditions de vie dans ce pays. Belgheis Jafari Alavi1 connaît bien la situation de ses compatriotes en Iran et nous détaille toutes les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien.

Le « Latcho Drom » à travers l’Afghanistan
par Luc THIÉBAUT
Parmi les peuples d’Afghanistan, on parle peu des Djats. Au fil de ses recherches sur les Roms, Luc Thiébaut est remonté à leur origine
indienne et à leurs parents en Afghanistan, les Djats. On dispose de peu de documentation sur les Djats, « gens du voyage » en Afghanistan aussi. Voici quelques éléments éparses, linguistiques, géographiques, sociologiques, sur les liens entre les Roms et les Djats.

Un thé vert avec

Jean-Pierre Perrin
La tendresse afghane du reporter de guerre
par Régis KOETSCHET

Afghans de France

Le safran, vecteur de reconstruction
entretien avec Abderhaman NOUR EBAD
Abderhaman Nour Ebad est entré en contact avec AFRANE grâce à Karuna Shechen, une fondation ayant soutenu AFRANE.
Abderhaman est français et afghan, il a développé avec des amis une entreprise avec succès, fabriquant et commercialisant des produits de bien-être et cosmétiques faits à partir de safran cultivé dans la région d’Hérat, dans le district de Zendadjân – durement touché par un séisme récemment. Il nous a raconté son histoire et son projet.

Dernières nouvelles

Chronologie (septembre – décembre 2023)
Dernières publications
Notes de lecture

L’Afghanistan et sa culture bien présents en France