Editorial du N° 178

Comme en Ukraine?

I l y a bien sûr de grandes différences entre la situation en Afghanistan et le comportement russe, j’allais dire soviétique, à l’égard de l’Ukraine. Pourtant certaines similitudes sont frappantes : même désir, même déni des réalités, même suppression des libertés individuelles, même rejet de la démocratie, même opacité dans la gouvernance, même haine de l’Occident. J’ai toujours du mal avec la notion d’Occident et de valeurs occidentales. Je sais ce que c’est que la France, je sais ce que c’est que l’Europe, mais l’Occident ? Qu’englobe-t-il ? Jusqu’où va-t-il ? Jusqu’au Japon ? Le Maroc (dont le nom arabe signifie « l’Occident ») est-il occidental ou oriental ?

Ces questions seraient oiseuses si ne s’y greffait celle des valeurs que certains qualifient d’occidentales : la démocratie, la liberté de la presse, les droits de l’homme. Quoi de plus simple pour les bafouer que d’en nier le caractère universel ? Et pourtant, nous en sommes chaque jour témoins, les Afghans – et j’imagine les Russes – aspirent ardemment à ce qu’elles soient respectées.

Cela ne devrait pas nous empêcher de balayer devant notre porte. La haine de l’Occident, la colère contre l’impérialisme américain qui se développent dans des pans entiers de la population mondiale ne peuvent pas ne pas nous interroger. Combattant les obscurantismes et les tyrannies, nous devons aussi réfléchir à ce qui chez nous, en nous, les alimente. Quelles suffisances, quelles prétentions, quels accaparements, quels aveuglements peuvent susciter les frustrations ressenties par tant de gens.

Beaucoup d’articles de ce numéro sont tournés vers le passé. On pourrait s’en étonner. La peur ressentie par les témoins, l’étouffement de la liberté d’expression limitent beaucoup notre accès à des informations fiables de première main. Mais une meilleure connaissance des événements du passé ne peut que nous aider à mieux comprendre les enjeux actuels et l’origine de certaines conflictualités. Le cri poussé depuis l’Afghanistan par une jeune poétesse afghane (page suivante) suffira pour nous alerter sur la situation présente et susciter la solidarité à laquelle Régis Koetschet nous appelle après avoir visité trois expositions évoquant les pleurs de notre pays bien-aimé.

Certains craignent que les événements à l’est de l’Europe fassent oublier le drame afghan. En fait notre solidarité bien sûr avec l’Ukraine ne peut pas éclipser notre solidarité avec les Afghans. Deux solidarités ne se contrarient pas elles s’ajoutent Ici et là, c’est la même liberté à laquelle aspirent les populations.

Etienne GILLE, Le 1er octobre

 

Sommaire du N°178

Témoignages

L’existence refusée aux femmes
par Raha AZAR
En nous racontant quelques événements de sa vie quotidienne, Raha Azar nous fait part de l’immense tristesse, de la peur, du désespoir, des femmes afghanes. Quand elle peut reprendre l’enseignement dans un cours privé, un peu de courage lui revient.

Des processus dangereux sont en cours
par Rahmatullah SERAT

Patrimoine

La Délégation archéologique française en Afghanistan
Un siècle de coopération scientifique franco-afghane
par Philippe MARQUIS
L’année 2022 est le centième anniversaire à la fois de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et l’Afghanistan, de la création de la DAFA et de l’ouverture du lycée Esteqlâl (à l’époque « Amâni »). Ce fut un peu du donnant-donnant : « nous vous autorisons à faire des fouilles, mais vous nous aidez dans le domaine de l’enseignement ». Philippe Marquis relate à grands traits la très riche histoire de la DAFA. Pour lui, cette histoire n’est pas achevée. Ne doit pas s’achever.

Visite des vallées de Parun et Kamdech au Nouristan
par Bastien VAROUTSIKOS
Le Nouristan, difficile d’accès, au passé mal connu, converti à l’islam seulement à la fin du 19ème siècle, à la population quelque peu farouche, est une région qui continue de faire rêver. Bastien Varoutsikos a pu s’y rendre du 11 au 18 mai dernier et nous fait part de ses observations concernant l’état du patrimoine culturel de cette région.

Culture

L’écran afghan à travers le cinéma
par Pascal BROUILLET
Le cinéma peut-il nous aider à penser avec justesse une guerre en Afghanistan, « un pays sans image » (Mohsen Makhmalbaf), alors que « Ce serait un crime de montrer les beaux côtés de la guerre, même s’il y en avait » ! (Henri Barbusse) ? Pascal Brouillet constate que dans les films américains sur l’Afghanistan « les Afghans n’existent pas » réellement

Histoire

Il y a cinquante ans…déjà une famine
textes rassemblés par Etienne Gille
Après une période de sécheresse, une famine dramatique sévit en Afghanistan durant l’hiver et le printemps 1972. Pourquoi revenir là-dessus, 50 ans après ? Il n’est peut-être pas inutile de se rappeler combien la corruption des gouverneurs locaux aggrava les conséquences de la sécheresse. La corruption ne date hélas pas d’hier. Il est possible aussi de penser que cette famine, qui discrédita, sinon le roi, du moins son entourage, contribua au renversement de la monarchie, puis à la montée en puissance des partis communistes avec l’engrenage qui s’en est suivi. Nous avons rassemblé ici quelques témoignages de l’époque.

Le Ghan ou le « chameau » de fer australien
par Geoffrey SCHOLLAERT
On le devine aisément, les migrations en provenance d’Afghanistan ne datent pas d’aujourd’hui. Peut-être peu connue, l’épopée des chameliers afghans qui ont participé à la construction de l’Australie actuelle mérite d’être contée.

Un après-midi d’échange avec la princesse Nagia d’Afghanistan
par Valérie VITTON
On dit que derrière chaque grand homme se cache une femme. Au moment où les femmes afghanes ont de nouveau perdu leurs libertés et alors que la reine Soraya avait été, aux côtés de son mari le roi Amanullah, une femme très moderne, il est intéressant d’essayer de mieux connaître sa personnalité. La princesse Nagia, dernier enfant du couple royal, a accepté de parler de ses souvenirs intimes avec sa mère, la reine Soraya. Au moment où l’on célèbre les 100 ans de la relation franco-afghane inaugurée par Amanullah, cet entretien permet d’enrichir nos souvenirs d’un point de vue plus personnel.

Un thé vert avec

André Velter, le poète nomade et ses traces afghanes
par Régis KOETSCHET
Poète et homme de radio, André Velter a été marqué par l’Afghanistan, et aussi par sa rencontre avec le philosophe Bahodine Majrouh. Il a accepté de prendre une tasse de thé vert avec Régis Koetschet.

 Dernières nouvelles

Chronologie (mai-août 2022)
L’Afghanistan en expositions
Hommage à M. Fazelly
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