Editorial du N°188
Un clair-obscur afghan. C’est sous cet intitulé qu’une agence française spécialisée propose des voyages touristiques en Afghanistan, ajoutant sans nuance un entre rêve et réalité.
L’Afghanistan serait-il en passe de devenir une destination à la mode ? La lecture de la confession de Fazila Reyhani rappelle que, pour le moins, le « rêve » n’est pas de même nature pour les uns et pour les autres.
Le rapport que vient de publier le Secrétaire général des Nations-Unies (SGNU) trace les contours et les limites de ce « clair-obscur ». L’économie afghane aurait connu « une croissance de 2,7%, du fait essentiellement de l’augmentation de la consommation privée ». Et si comme le montre l’ambassadeur Omar Samad, les « dialogues » préalables à de possibles évolutions s’organisent, «l’opposition armée n’a pas menacé de manière notable le contrôle territorial des talibans ». Le rapport relève que le développement des relations économiques avec les pays voisins, Iran et Inde inclus, constaté par le Dr Zia Nizam, a aussi une dimension politique.
Pour autant, le constat dressé devant le Conseil de sécurité des Nations Unies est sombre.
La dernière mesure en date visant les femmes et leur interdisant de suivre toute formation médicale, y compris de sage-femme, obère gravement et durablement la santé et l’avenir du pays. Elle nourrit, s’il en était besoin, le réquisitoire du Procureur de la Cour pénale internationale appelant à la délivrance de mandats d’arrêt concernant l’émir et le président de la Cour suprême.
Après l’Organisation de la Conférence islamique, une conférence régionale des ministres de l’Education vient de rappeler que l’interdiction faite aux filles d’étudier et de travailler n’a aucun fondement religieux. Mais, jusqu’ici, rien n’y fait. Ni les tensions internes au régime ni les appels au « réalisme » lancés par la Représentante spéciale du SGNU. Une course forcenée et mortifère à la « purification » qui rappelle celle qui avait prévalu à l’occasion de la destruction des bouddhas de Bâmiyân.
Le SGNU n’exclut pas que les ONG soient la prochaine « cible » du régime. Ce dernier peut au demeurant trouver cyniquement argument dans les errements de Trump 2. L’arrêt des financements (à l’échelon de la planète) aura des conséquences très directes pour les populations afghanes. Elle affaiblit le système onusien à Kaboul, alors que le mandat de l’UNAMA vient d’être reconduit.
À l’heure des grands marchandages, des suprémacismes, des Yalta téléphoniques, du « réarmement », des bombardements de populations civiles, le malheur afghan apparaît comme un parmi d’autres. Mais, au niveau régional, la position géopolitique centrale de l’Afghanistan demeure face aux recompositions en cours, de l’Asie centrale au Golfe et de l’Inde au Levant, à l’inquiétante nucléarisation du voisin iranien et au réveil de nostalgies « impériales ».
Demeure aussi la grande solitude du peuple afghan dans une pauvreté et un isolement qui se creusent.
Régis KOETSCHET – 20 mars 2025
Sommaire du N°188
Actualité
Arrêt de l’aide américaine : quelles conséquences pour l’Afghanistan ?
Synthèse de différents rapports et entretiens
Les lieux de dialogues intra-afghans
par Omar SAMAD
Après le moment de sidération qui a suivi la prise de pouvoir des talibans, le temps semble venu pour les Afghans qui ne se reconnaissent pas dans la configuration actuelle du pouvoir de réfléchir à un avenir alternatif. Omar Samad, qui fut ambassadeur d’Afghanistan à Paris, décrit les différents courants de pensée de la diaspora afghane et les différents forums dans lesquels ils s’expriment et se concertent. A la fin de l’hiver de nombreuses rencontres ont eu lieu dans cette perspective.
Economie
Les relations commerciales de l’Afghanistan avec ses voisins
par Dr Zia NIZAM
La situation économique de l’Afghanistan est paradoxale. Alors que la population semble vivre des moments très difficiles, avec par exemple un chômage très important, les autorités, dépourvues de toutes contraintes légales, parviennent à réaliser de grands travaux dont on ne sait pas toujours comment ils sont financés comme le canal de Koch Tepa, ou des aménagements urbains importants. La monnaie afghane est quant à elle relativement stable. L’article qui suit a été écrit avant les récentes décisions de Donald Trump qui ne peuvent qu’aggraver la situation, mais il permet de percevoir le grand déséquilibre des échanges de l’Afghanistan avec ses voisins.
Droits de l’homme
Le procureur de la Cour Pénale Internationale demande des mandats d’arrêt contre deux responsables talibans, pour crime contre l’humanité
par Françoise HOSTALIER
La situation faite aux femmes afghanes scandalise de larges secteurs de la population mondiale, y compris dans les pays musulmans
qui ne savent pas comment infléchir la politique des dirigeants talibans. Le procureur de la Cour Pénale Internationale a tranché fin janvier : cette politique est constitutive d’un crime contre l’humanité.
Un jour on m’appellera Madame la Docteur
par Fazila RAYHANI
On se rappelle sans doute le jour si sombre où les jeunes Afghanes ont appris qu’elles n’auraient plus le droit de se présenter au concours d’entrée à l’Université. L’auteure de ce texte aux accents poétiques nous raconte le choc que ce fut pour elle. Et non seulement pour elle mais aussi pour ses parents, sans doute analphabètes, qui partageaient avec leur fille ce désir de promotion sociale. Elle nous dit aussi combien elle continue de croire en un avenir favorable.
Culture
Roumî danse dans les mélodies d’Ahmad Zâher
par Zaher DIVANTCHEGUI
Djalaluddin Roumî, cet auteur mystique du 13ème siècle, est un des fondements de la culture persane. Qu’il soit lettré ou analphabète tout
Afghan connaît au moins quelques vers de Roumî. Zaher Divantchegui explore ici l’influence du père des derviches tourneurs, grand danseur devant l’Eternel, dans la poésie du chanteur contemporain si prisé, Ahmad Zâher.
Patrimoine
Les anciens caravansérails d’Afghanistan
par Alain MARIGO
Carrefour entre l’Asie et le Moyen-Orient, l’Afghanistan a été traversé par certaines branches du réseau des multiples pistes de la « Route
de la soie », reliant l’Empire ottoman et le monde iranien aux mondes indien, centre-asiatique et chinois. Ces routes étaient ponctuées de grandes structures fortifiées faisant office de gîtes d’étape aux marchands itinérants et à leurs caravanes, aux pèlerins et aux voyageurs.
Ces gîtes portaient le nom de caravansérails.
Un thé vert avec Jean-Charles Blanc
La mise au monde afghane du voyageur artiste
par Régis KOETSCHET
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