Editorial du N°192

L’Afghanistan entre deux conflits

Ce nouveau numéro des Nouvelles d’Afghanistan paraît à un moment où le monde est frappé par de nouvelles incertitudes.

A l’Ouest, le conflit s’est rallumé entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran qui a déjà des conséquences très déstabilisantes pour le Moyen-Orient et pourrait impacter l’ensemble du monde par ses répercussions écono­miques, mais aussi les voisins de l’Est de l’Iran, Pakistan et Afghanistan…

Ceux-ci sont par ailleurs engagés dans un conflit aux frontières qui était larvé depuis plusieurs mois (voire des années) mais qui a pris un brusque et inquiétant développement avec des bombardements aériens pakistanais sur Kaboul et Kandahar et des combats violents sur les frontières.

Notre numéro paraît trop tôt pour que l’on puisse encore tirer les consé­quences de ces deux conflits mais il est déjà évident que cela conduira à un surcroit de souffrances pour les populations afghanes, qu’elles soient aux frontières et sous le feu des belligérants ou risquant à nouveau l’expulsion lorsqu’elles sont exilées dans l’un ou l’autre des pays.

Cette livraison des Nouvelles d’Afghanistan offre toutefois un tour d’ho­rizon sur l’actualité avec des nouvelles de la frontière du Nord, avec cette curieuse zone franche, ou le reportage sur notre action d’aide aux popula­tions touchées par le tremblement de terre dans la province de Kounar, une analyse de l’inquiétant nouveau code pénal afghan ainsi qu’une réflexion sur l’emploi féminin en Afghanistan.

S’y ajoutent des articles qui nous rappellent la richesse du patrimoine afghan, ainsi sa musique défendue par un interprète inattendu ou sa brode­rie à la fois pur joyau de dextérité et dur labeur de femmes parfois exploi­tées.

Nostalgie devant la démolition du cinéma Ariana symbole de modernité des années 60, presque détruit durant la bataille de Kaboul, reconstruit avec l’aide de la France, fermé en 2021 et aujourd’hui réduit à un souvenir pour les Afghans cinéphiles.

Nostalgie également avec un thé vert pris en compagnie de May Shina­si, témoin de ces années 60 et 70, collaboratrice de la DAFA, éprise d’art afghan qui, aux côtés de son mari Rolando, a tant aimé l’Afghanistan.

Perdus entre deux époques, entre deux conflits, nous restons toute­fois fermement solidaires de nos amis afghans, ceux de l’exil ici ou là-bas, comme ceux qui demeurent sur cette terre si meurtrie mais toujours re­construite par son peuple qui conserve sa foi en l’avenir.

Eric LAVERTU
Le 12 mars 2026

Sommaire du N°192

Actualité

Le nouveau code pénal des talibans
par Hamidullah WATANPAL
Le 4 janvier 2026, les autorités talibanes ont annoncé l’adoption d’un nouveau document intitulé « Code pénal des tribunaux » (en pachto De Mahakumu Djazâi Osulnâma). Signé par Hebatullah Akhundzada, le chef du groupe, ce code est présenté comme le cadre officiel des procédures pénales dans le système judiciaire actuel de l’Afghanistan. Bien que les talibans présentent cette initiative comme un moyen d’harmoniser les tribunaux, l’examen de ses dispositions suscite de sérieuses inquiétudes au niveau international et parmi les défenseurs des droits humains.

Province

Récit d’un (très) court voyage dans le Kounar
par Anan DING
La province de Kounar est cette province limitrophe du Pakistan qui a subi un grave tremblement de terre à la fin de l’été dernier. Elle est aussi limitrophe du Nouristan et est habitée, dans les zones montagneuses, par une population pachaï qui parle une langue darde (rameau de l’indoeuropéen). Une mission d’aide aux victimes du tremblement de terre est un moment de découverte, d’émotion, de tendresse et d’amitié.

Frontière

Une plongée dans la zone franche d’Airitom, entre Ouzbékistan et Afghanistan
par Mélanie SADOZAÏ
Le mot frontière évoque des barrières, des interdictions d’entrer, des limites. On le pense moins souvent comme lieu de contact et de rencontre. C’est pourtant comme cela que le voit Mélanie Sadozaï. Elle vient de passer un petit moment « quelque part » entre l’Ouzbékistan et l’Afghanistan. Sur la frontière justement. Elle nous raconte ce qu’elle y a vu.

Femmes

Le travail des femmes, Travailler quand tout se ferme
par Dominique DUPUY
En juillet 2025, l’association Nayestane a mandaté un cabinet d’études indépendant pour mener une étude qualitative en Afghanistan sur
les perspectives réalistes des jeunes filles qui suivent aujourd’hui des cours dans des classes informelles. Au-delà des enseignements
qu’on peut en tirer sur le développement de programmes spécifiques à l’égard de ces jeunes élèves, ce rapport dresse un état des lieux
certes incomplet mais déjà parlant de la situation de l’emploi féminin des femmes éduquées dans le pays.

Art populaire

Les broderies de Guldusi
par Pascale GOLDENBERG
Parler des broderies de Guldusi est un peu faire un pléonasme, puisque goldouzi veut dire la broderie, littéralement « la couture de fleurs  ».Les nouvelles d’Afghanistan ont déjà publié des articles sur le projet Guldusi. Il fournit du travail à des femmes afghanes en Afghanistan, il met en valeur leur créativité artistique, il construit des ponts entre Afghanes et Européennes. Quelle belle entreprise ! Voici quelques extraits.

Medias

Les principales agences de presse afghanes
par Wasseh HABIBI
En Afghanistan, l’accès à l’information est devenu très limité. Peu de sources indépendantes, journalistes très contrôlés. Wasseh Habibi,
qui a dépouillé durant plusieurs années les dépêches de nombreux médias pour alimenter le Bulletin du CEREDAF fait le tour des agences afghanes actives actuellement à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Afghanistan. Dans les intentions proclamées par les différentes agences, il faut intégrer le fait que tous les journalistes sont obligés d’être très prudents.

Culture

Quand le Soleil levant rencontre la Route de la Soie
Entrevue avec le musicien japonais Kengo
par Zaher DIVANTCHEGUI
Kaboul est sensiblement à la même distance de Paris et de Tokyo.
Pas étonnant dans ces conditions que des liens d’amitié et des connivences culturelles relient les Afghans aussi bien avec les Japonais
qu’avec les Français. Kengo Saito fait partie de ces artistes qui aiment à faire entrer en résonance les musiques de différents courants culturels et aussi à servir de ponts entre les peuples. Zaher Divantchégui l’a rencontré pour Les nouvelles d’Afghanistan.

Clap de fin pour l’Ariana
par Geoffrey SCHOLLAERT
Le cinéma Ariana à Kaboul a été démoli en décembre dernier. C’était un symbole d’une ouverture culturelle du pays. Sa destruction
est un symbole de sa fermeture.

Un thé avec

L’Afghanistan de May et Rolando Schinasi
par Régis KOETSCHET
Comme un désir de beauté et d’altérité
Un thé vert savouré à Nice, avec passion et émotion, d’un Orient à l’autre

Dernières nouvelles

Chronologie (décembre 2025 – janvier 2026)
Ils nous ont quittés: Zafar Paiman, archéologue; Marthe Laurent, professeure à Malalaï
Dernières publications
Notes de lectures

La « guerre ouverte » du Pakistan contre l’Afghanistan

 

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